Cérémonie de passation de pouvoirs - Ministère des affaires étrangères

Discours de M. Alain Juppé (Paris, 17 mai 2012)

Monsieur le Premier Ministre, Monsieur le Ministre des Affaires étrangères,

Je suis heureux de vous transmettre un ministère des Affaires étrangères et européennes qui est en bon état de marche. Ses fonctionnaires sont compétents et motivés. Ses moyens, que la rigueur budgétaire n’a pas épargnés au cours de la dernière décennie, sont aujourd’hui stabilisés et, surtout, les grands principes qui inspirent l’action diplomatique de la France, les positions, les initiatives que nous avons prises sur toutes les grandes questions européennes ou internationales sont bien définies et connues de tous, en particulier l’action que nous avons menée pour répondre à cette immense aspiration à la liberté qui a traversé les pays arabes.

Vous allez avoir dans les prochaines semaines un agenda international extrêmement chargé. A Bruxelles, il s’agira de poursuivre le travail que nous avons engagé pour mieux articuler la nécessaire stabilité budgétaire et la nécessaire croissance économique. A Chicago, il s’agira de bien concilier la modernisation de l’Alliance atlantique. Il y a aussi le renforcement de la Politique de sécurité et de défense commune, à laquelle je me suis tout particulièrement attaché.

Et puis, il y a les crises. Une d’entre elles me laisse le plus grand sentiment de frustration, je veux bien sûr parler de la Syrie, où la mission de la dernière chance confiée à Kofi Annan ne pourra pas s’éterniser indéfiniment. Il y a le Sahel, où il incombe à la France, je crois, de mieux mobiliser les pays de la région et la communauté internationale pour lutter contre le fléau du terrorisme d’Aqmi.

En tout cas, je vous souhaite une bonne navigation sur la mer des tempêtes.

Au moment de quitter le Quai d’Orsay, pour la deuxième fois, je voudrais redire à l’ensemble de ses fonctionnaires, du sommet jusqu’à la base de la hiérarchie, ma profonde reconnaissance pour la façon exemplaire dont ils m’ont accompagné dans ma tâche. Vous pouvez être fiers du travail que nous avons accompli. Vous pouvez aussi avoir confiance dans vos destins individuel et collectif, puisque vous avez la chance d’assumer la plus belle mission qui soit : promouvoir les valeurs, au premier rang desquelles les droits de la personne humaine, et aussi les intérêts de la France partout dans le monde.

Bonne chance à tous.

Discours du ministre des Affaires étrangères, M. Laurent Fabius
(Paris, 17 mai 2012)

Monsieur le Premier Ministre, Cher Alain Juppé,

En fonction des résultats électoraux, les pouvoirs passent mais les intérêts de la France demeurent. Nous avons dans nos parcours respectifs suivi des chemins qui présentent quelques analogies. Je ne parle pas des analogies qui font la joie des caricaturistes, mais des analogies de fond.

Ce que j’ai lu de vos déclarations me fait penser que ce poste à la tête de ce ministère prestigieux - qui, on l’a noté, est dans le gouvernement actuel le premier - est probablement celui que vous avez le plus aimé. Je pressens qu’il en sera de même pour moi parce que les affaires internationales sont aujourd’hui déterminantes. Tout ou presque est international et cette maison doit remplir un rôle majeur parce que les crises sont là, sans cesse, et qu’il nous appartient, que ce soit des crises latentes, comme en Europe, ou ouvertes, comme dans d’autres parties du monde, d’y apporter des éléments de solution.

Je pressens que j’aimerai cette maison aussi parce que - je tiens à le dire en en prenant la direction avec les ministres délégués qui seront à mes côtés – c’est une maison composée de femmes et d’hommes d’un professionnalisme, d’un sens du service public remarquables. Je compte bien m’appuyer sur toutes et tous pour remplir la tâche que le président de la République et le Premier ministre m’ont confiée.

Et puis il y a aussi le plaisir, l’enthousiasme, même, à entrer dans cette fonction parce que je sais qu’elle est, vous l’avez souligné, en ordre de marche.

Vous allez maintenant, si je l’ai bien compris, retourner dans votre très belle ville, mais je sais que l’avenir est ouvert.

Jaurès n’a jamais été ministre ; donc jamais ministre des Affaires étrangères. Mais dans son magnifique discours de 1903 que chacun, bien sûr, a en mémoire, le discours à la jeunesse prononcé à Albi. Quand il définit le courage, il dit - la formule est bien connue, mais un passage, peut-être est plus intéressant et moins connu - : « Le courage, c’est d’aller à l’idéal et de comprendre le réel ». Ici, c’est nécessaire. Et il ajoute - et je dis cela à votre attention - : « le courage, c’est d’agir et de se donner aux grandes causes sans savoir quelle récompense réserve à notre effort l’univers profond, ni s’il lui réserve une récompense ». Et il termine en disant : « le courage, c’est de chercher la vérité et de la dire ».

Nous n’avons pas les mêmes options politiques, mais sur des questions majeures nous pouvons nous retrouver, et je sais que nous nous retrouverons. Je vous souhaite donc, dans votre vie qui commence, tout le succès que vous méritez et beaucoup de bonheur personnel.

publié le 29/08/2012

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