Conférence de Paris pour le climat / Union interparlementaire - Intervention de Laurent Fabius

Le 5 décembre 2015

"Monsieur le Secrétaire général des Nations unies,
Mesdames et Messieurs les Présidents,
Mesdames et Messieurs les Parlementaires,

J’ai redouté de ne pouvoir être parmi vous cet après-midi. En effet, les contraintes du calendrier me faisaient craindre que, comme président de la COP21 je ne puisse vous rejoindre, et je l’aurais doublement regretté. D’abord parce que c’est une excellente idée et plus encore, une contribution remarquable que cette COP des parlementaires, et en tant que président de la COP21 je me devais d’être parmi vous. Et, aussi parce que je ne peux pas oublier que j’ai été moi-même parlementaire pendant la modeste durée de 34 ans ; nous sommes donc collègues.

Mesdames et Messieurs, je voudrais vous faire un point car le sujet que vous traitez n’est pas un sujet théorique, c’est un sujet pratique qui est en train d’être examiné par le monde au moment-même où vous vous exprimez.
D’ores et déjà, la COP21 de Paris a permis de remporter deux succès mais il en reste un troisième qui n’est pas encore écrit.

Le premier, c’était lundi dernier - Monsieur le Secrétaire général des Nations unies vous y êtes pour beaucoup - avec cette réunion exceptionnelle de 150 chefs d’État et de gouvernement. Il paraît que c’était le plus grand rassemblement de chefs d’État et de gouvernement dans un même lieu, un même jour pour traiter une même cause.

Ces 150 hautes personnalités se sont réunies pour dire d’une même voix que « nous entendons lutter activement contre le dérèglement climatique ». Pour celles et ceux qui ont entendu ces discours ou qui en ont pris connaissance, ce fut un moment exceptionnel. Exceptionnel aussi, et c’est un premier succès, le fait que sur 195 pays, au moment-même où débutait cette conférence, 185 d’entre eux avaient déposé une contribution nationale, ce que l’on appelle en anglais INDC, pour dire quelle serait leur politique et leur engagement en matière de climat pour les années qui viennent. Il n’y a jamais eu de précédent.

Ce premier succès est donc acquis, la mobilisation des plus hautes autorités de l’État à travers le monde entier.

Le deuxième succès, est aussi acquis. C’est le fait, comme le président Bartolone l’a fort bien rappelé, qu’au-delà des gouvernements, les entreprises, les collectivités locales, les organisations non-gouvernementales, les particuliers, bref, ce que l’on appelle les sociétés civiles du monde sont en mouvement pour aller vers la lutte contre le dérèglement climatique.

Aujourd’hui-même a lieu au Bourget ce qu’en bon Français on appelle « Action Day » le jour de l’action, qui réunit les plus spectaculaires de ces initiatives prises par les acteurs non-gouvernementaux. Ce succès est acquis.

Il reste le troisième qui est à construire et qui est d’atteindre avant vendredi soir -nous sommes dans l’Histoire réelle - l’accord mondial, l’accord universel qui ne nous permettra en aucun cas de dépasser cette limite fatidique des 2°C de plus, certains disent 1,5°C en matière de température, compte tenu des gaz à effet de serre par rapport à l’ère préindustriel.

Un gros travail a été fait mais nous ne sommes pas encore au bout. Au début de la semaine, il y avait un premier texte, vous le connaissez, il était long, très long, avec beaucoup de parenthèses, comme l’on dit d’options. L’un de mes collègues avait dit en plaisantant : il y a une parenthèse au début et une parenthèse à la fin, c’était assez vrai.

Depuis les négociateurs ont beaucoup travaillé et ils m’ont remis à midi un nouveau texte qu’ils vont me présenter officiellement cet après-midi à 18 heures et qui présente des mérites par rapport au précédent. D’abord, il est légèrement plus court, ensuite il y a un peu moins d’options, donc de travail devant nous. Sur quelques questions majeures, je pense - et je m’adresse à des spécialistes - à ce que l’on appelle l’adaptation, à ce que l’on appelle le renforcement des capacités, il y a eu des avancées incontestables mais il nous restera à trancher - quand je dis nous, ce sont les ministres et les négociateurs - avant vendredi, des questions très importantes liées au financement à ce que l’on appelle la différenciation, à l’objectif de long terme, à la mobilisation accrue des soutiens. Bref, si j’avais à résumer, je dirai un progrès qui reste à approfondir et à concrétiser avant vendredi.

Voilà l’état de l’art, un premier succès la mobilisation au plus haut niveau des États, un deuxième succès, la mobilisation des sociétés civiles à travers le monde et un troisième succès à bâtir, l’accord universel.

Ayant dit cela, je veux rendre hommage à votre action et à celle que vous allez mener. Vous avez joué, vous jouez en tant que parlementaires un rôle extrêmement important. Vous avez participé, pour beaucoup d’entre vous, à la démarche inédite d’élaboration de ces fameuses contributions. Vous avez fait avancer la cause climatique en adoptant souvent dans vos parlements, des textes qui traduisent en actes la préoccupation et la transition écologique. Vous accomplissez un travail de diplomatie parlementaire et de diplomatie publique qui contribue à éveiller les consciences sur l’enjeu climatique et à favoriser bien évidemment un compromis universel. Pour tout cela, je tiens et j’en suis sûr je m’exprime au nom des 195 pays, à vous remercier et à saluer votre action, parce que, sans cette action, je pense que la prise de conscience n’aurait pas pu être aussi forte.

Et pendant la Conférence, vous poursuivez, cela en est la preuve la plus éclatante, votre mobilisation. Un certain nombre d’entre vous participent à la conférence sur le site du Bourget, comme membres de la délégation nationale, vous vous mobilisez également dans le cadre de cette rencontre aujourd’hui à l’Assemblée nationale, demain au Sénat. J’ai cru comprendre qu’une déclaration sera adoptée demain et il sera encore temps d’en intégrer les principaux éléments dans l’accord que nous poursuivons, et pour le futur, si comme nous l’espérons tous un accord universel est adopté, vous jouerez un rôle essentiel. Car, une fois adopté l’accord, vous serez au coeur de sa mise en oeuvre. Dans vos fonctions de législateurs, il vous reviendra de transposer l’accord dans vos législations nationales, de lui donner les moyens concrets de s’appliquer et aussi d’en assurer le contrôle afin d’être certain que vos gouvernements prennent bien les mesures adaptées.

Je sais que vous avez déjà réfléchi à ces différents points dans le cadre de votre plan d’action parlementaire sur les changements climatiques dont l’adoption est prévue prochainement. Vous serez donc, comme vous l’avez été jusqu’ici pleinement dans l’action.

Messieurs les Présidents,
Monsieur le Secrétaire général des Nations unies,
Mesdames et Messieurs les Parlementaires, ce qu’en peu de mots je voulais vous dire. Avant, pendant, après la COP21, vous êtes au coeur de la lutte mondiale contre les changements climatiques et c’est légitime puisque vos peuples, quelle que soit la géographie, sont tous concernés.

La Conférence de Paris doit marquer un basculement, un tournant vers un monde, à certains égards nouveau. Dans la construction de ce monde, votre rôle sera essentiel, à la fois dans vos fonctions de législateurs, de contrôle et dans votre capacité à mobiliser la société toute entière. L’alliance entre les gouvernements, les parlements et les sociétés civiles du monde entier est seule à la hauteur du défi qui nous attend. Nous sommes, Mesdames et Messieurs, des alliés pour la planète.
Je vous remercie."

Intervention de Laurent Fabius du 5 décembre 2015

publié le 10/12/2015

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